La culture anarchiste

Vittorio Frigerio, La Littérature de l’anarchisme.

jeudi 30 juillet 2015 par RFU

Vittorio Frigerio, La Littérature de l’anarchisme. Anarchistes de lettres et lettrés face à l’anarchisme,
Éditions littéraires et linguistiques de l’Université de Grenoble (ELLUG), Grenoble, 2014, 390 p.

Le faible intérêt des organisations anarchistes françaises contemporaines à
l’égard des belles-lettres, confiées aux soins de petits éditeurs courageux,
contraste avec l’importance que les journaux libertaires accordaient au
roman ou à la nouvelle à l’époque où ils tiraient à des milliers d’exemplaires à l’intention des classes populaires. Quelques ouvrages de qualité ont déjà étudié certains thèmes de cette littérature ; ils en ont tiré des conclusions divergentes et qui piquent la curiosité ; enfin, ils se sont attachés à cette période de grande visibilité du mouvement, depuis la fin du XIXe siècle jusqu’en 1914.

La Littérature de l’anarchisme rappelle ces thèses, suggère de nouvelles conclusions et s’étend jusqu’aux années 1930. L’auteur tire la leçon de ses travaux antérieurs sur les rapports complexes des anarchistes avec Émile Zola pour examiner les deux facettes de la question : l’image de l’anarchiste dans la littérature « reconnue » et la création littéraire chez les anarchistes…

Faisant un pied de nez à ceux qui font la fine bouche au sujet des qualités littéraires de tel ou tel « écrivain » anarchiste, V. Frigerio consacre un quart du livre à exposer la masse d’idées préconçues et de clichés entretenus ou créés par les hommes de lettres de l’establishment et les thèmes réactionnaires ou petit-bourgeois de ceux qui prétendent ne faire que de « l’art pour l’art. »

Un dépouillement très consciencieux de la presse militante montre l’importance accordée au genre littéraire : rubriques consacrées au compte-rendu de lectures, critiques (souvent virulentes), sont souvent accompagnées de suppléments littéraires qui font découvrir au monde ouvrier des textes d’écrivains de renom, et aussi une production spécifique entretenue par des amateurs occasionnels, des journalistes militants, des écrivains sympathisants, et parfois des auteurs d’avant-garde.

Des structures récurrentes apparaissent : le récit prend toujours pour point
de départ la description d’une victime et « l’identification de la situation à dénoncer » vécue par les milieux populaires. Deux genres l’emportent : la tranche de vie et l’allégorie ou parabole. Les styles varient, l’humour et la parodie ne sont pas absents, les thèmes sont multiples : l’amour libre, la condition féminine, l’antimilitarisme… La forme d’expression le plus souvent choisie est la nouvelle.

L’ouvrage, qui se consacre essentiellement aux écrits de langue française,
relève les traits permanents de cette littérature et, passant en revue une brochette d’écrivains consacrés mais aussi de grands inconnus, peut être considéré à la fois comme un sujet de réflexion pour les choix éditoriaux à venir mais surtout comme un ouvrage de référence pour l’ensemble de cette littérature.

RONALD CREAGH

Recension parue dans le n° 34 de Réfractions, printemps 2015.


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